Vents
Est-ce à cause de l'été qui se prolonge, de ce bleu qui perdure trop, de ce jaune qui tiédit encore l'air ? Des couleurs qui ne répondent pas à mes attentes; ou mes envies. Ou mes sentiments; ou mes frustrations.
Un rève caressé. Passer 3 jours sur l'ïle d'Ouessant. Seul. Avec la mer comme compagne, partout autour. En colère, éructant en blanc et noir. Ecume et embrunts. Avec le vent d'ouest aux parfums de ces terres celtes. Vent qui hurlerait sur la lande de bruyères mauves. Un taxi mauve, comme sur une terre irlandaise.
Se faire griffer le visage par cette nature en colère, sur une grève déserte. Le gris a des couleurs acier; glacial. Les seules compagnons..quelques goélands, des mouettes égarées. Une sterne au dessus de la petite chapelle.
En face, je ne distingue plus les twin..happées dans d'autres brouillards guerriers. Un océan, juste un océan entre et entre. Un océan entre moi et moi, entre un et l'autre.
Le café est brulant sur cette table usée par le temps, dans ce bistrot minuscule, face au port. Des pécheurs accoudés au bar devant un Muscadet.
la seule musique ....la pluie qui ruisselle sur les petits carreaux des vitres. Des visages en filigrammes sur la buée? ou dessinées dans les méandres de ma mémoire, enfouies quelque part. Avec d'autres couleurs. Bleues forcément.

Sur ce lit dans cette chambre d'hotel un peu vieillote. Une valise, ma valise. Non ouverte; combien de chambre d'hotels, en France ou dans le monde pendant 20 ans? Seul. Des aquarelles marines..pas très réussies; La pluie qui ruisselle toujours sur les vitres. Nuit noire en furie.
Un amour ça finit comment ? il finit donc? Quoiqu'il advienne de l'objet aimé, qu'il disparaisse ou passe à l'étape Amitié, de toute façon on ne le voit pas même pas s'évanouir.
L'amour fini s'éloigne vers un ailleurs, doucement et sans lumière; l'être aimé résonnait comme un vacarme, le voici tout à coup muet.
Errance.. bien que tout amour soit vécu comme unique et que le sujet repousse l'idée de le répéter plus tard..
Est ce la mer ?? le Flying Dutchman condamné a errer sur la mer jusqu'à La trouver..je dois être ce Hollandais.. Sourire.. entre vaisseau fantome et Dame Blanche.. non les dames blanches c'est en Normandie ou en Sologne..je divague. Fantomes .. qui errent la nuit..

Pas un bruit dehors à par les assauts du vent; suis-je seul dans cet hotel?
Il faudrait un peu de Brahms ..la tristesse est le refoulement de la colère..Lacan? Freud?
Il y a longtemps.. déplacement professionnel à Brest. Un hotel le Mercure.
La rue de Siam déserte..juste des mouettes.
Prévert ...
rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant